| mardi 22 août 2006, a 19:52 |
| Mince….j’ai aidé un sans papier !! |
C’était il y a 8 ans. Ma première fille venait de naître et nous avions besoin d’une nounou. Ma femme et moi avions alors « interviewé » de nombreux prétendants au job et n’avions trouvé personne avec qui nous avions un vrai « fit ». Bref nous étions en galère. Premier enfant née dans des conditions délicates (grand prématuré), et principe (pas d’employés au black) nous rendaient très exigeants.
C’est alors que la dame de maison d’un de mes oncles que je connaissais depuis toujours (en réalité une quinzaine d’années) me dit que ça l’intéressait car mon oncle et ma tante ne vivant plus qu’à deux, il n’y avait pas matière à ce qu’elle travaille chez eux toute la journée. Géniale, Léna (c’est son prénom), la quarantaine originaire du Cap-Vert était tout simplement géniale !! Enjouée, drôle, de confiance…etc..…le rêve. Seul hic dont je pris connaissance : Léna n’était pas en situation régulière. Mon oncle et ma tante, à la fois très généreux et très égoïstes l’avaient accueillie lorsqu’elle avait débarqué en France mais n’avaient jamais essayé de l’aider dans ses démarches administratives, si ce n’est en lui donnant les coordonnées d’un avocat peu scrupuleux et tout autant efficace.
Après moult discussion avec Juliette (ma femme), nous décidâmes d’un commun accord de déroger à nos principes et de l’employer dans un premier temps au « black » et d’œuvrer pour que sa situation se régularise.
Je me mis donc sur le dossier et appris notamment (à l’époque c’était vrai) que dès lors qu’un étranger pouvait prouver sa résidence en France depuis au moins 10 ans, il pouvait être « régulariser ». Léna, je la connaissais depuis que j’avais 10 ans à l’époque j’en avais 29…c’est dire. Mais bon ma seule parole ne suffisait pas. Il fallait trouver d’autres trucs. Il y avait bien quelques papiers médicaux délivrés par la CMU, car Léna souffrait d’importants problèmes de circulation sanguine qui par deux reprises s’illustrèrent sous forme de phlébite. Bon, je compris vite que prouver l’existence d’un « sans papier » était un vrai exercice de style ! Pas de papiers, donc pas de feuilles de paie, donc pas de bail en son nom, donc pas de téléphone, donc pas de compte en banque….Une fois que vous avez dit ça….vous avez compris l’ampleur du problème.
Nous n’avons pas abandonné et constitué un dossier à base de déclaration sur l’honneur des uns et des autres, de documents médicaux datés, de cartes postales et d’enveloppes de lettres timbrées et cachetées destinées à Léna. Le dossier était misérable et évocateur de la vie de Léna ou de tout autre sans papier.
Armés de ce dossier nous sommes allés au Tribunal Administratif, répondant à une convocation en vue d’un arrêté de reconduite à la frontière (nos précédents recours gracieux ayant été rejetés, l’administration avait connaissance de Léna). A l’époque nous avons gentiment remercié l’avocat qui « s’occupait du dossier » dont la promptitude à envoyer ses notes d’honoraires était bien plus efficace que sa prestation sur le dossier. Du coup, nous sommes pris en charge par un avocat commis d’office. Je ne juge en rien la compétence dudit avocat, car l’exercice est difficile. Prendre connaissance d’un dossier en quinze minutes c’est forcément compliqué. Bref voilà notre cas présenté au juge et « notre » avocat exposer notre situation. Son intervention étant relativement limitée, je demande au juge la parole. Il me la donne et j’en profite pour exposer le cas de Léna dans toute sa dimension dramatique et je pointe le doigt sur la difficulté de prouver les 10 années de présence en France d’un sans papier compte tenu de sa situation. Le juge me donne raison face au représentant de l’état et offre à Léna le début d’une régularisation. Nous sommes tous émus, Léna est heureuse, je suis fier de moi.
Eh oui, contrairement à ce que veux nous faire croire le « tout petit » Nico, je suis fier d’avoir fait tout ça ! Même si la situation de Léna n’était ni celle d’un regroupement familial (au contraire ses enfants majeures vivaient et vivent toujours au Cap Vert) ni d’une réfugiée politique. Elle était, comme pour beaucoup, celle d’une « réfugiée économique » contrainte à vivre expatriée plus ou moins dignement, ou dans son pays d’origine dans la misère. Sans compter que le fruit de son labeur apportait un certain réconfort à ses proches restés au pays. A ceux qui me diront que « non contente de subtiliser un emploi à un bon français, Léna ne consommait pas en France », je répondrais d’une part qu’elle consommait en France et que seuls les fruits de son épargne profitaient à son pays d’origine et que, d'autre part, cette attitude est aujourd’hui la meilleure pour que ces pays plongés dans la plus grande misère puissent s’en sortir et que nous en finissions avec une immigration trop massive que nous sommes incapables intégrer.
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